La parole aux médias - 3 questions à Frédéric Dessort

Mardi 1 décembre 2020
Relations presse

Après avoir co-fondé et avoir été le rédacteur en chef de Mid E-News de 2002 à 2009, Frédéric Dessort a collaboré avec le groupe L’Express (correspondant d’Educpros.fr) et Marianne pour les enquêtes politico-économique. Frédéric Dessort travaille aujourd’hui à la rédaction de Mediacités, un pure player de l’enquête locale ‘’qui nous permet de publier avec une indépendance remarquable’’. Frédéric Dessort est par ailleurs secrétaire de l’Association des Journalistes de Toulouse et de sa région

Quelles sont pour vous les qualités majeures pour faire ce métier ? Ce qu’il faut éviter?

Selon moi, il faut – entre autres choses bien sûr – apprendre à se méfier de ses éventuels prismes idéologiques et en revenir aux faits. L’un des enjeux de notre profession est la vérification des faits que nous rapportons. L’objectivité n’est pas pour moi un gros mot, on confond souvent les vérités de fait et les vérités d’opinion, ce qui n’a rien à voir. Je suis frappé de voir à quel point on oublie cela. À l’heure des fake news, en fait, il me semble que la fonction journalistique est encore plus essentielle à la société. 

Ce qu’il faut éviter ? Publier ce que l’on croit être un scoop alors qu’on n’a pas bien étayé la principale information de l’article. Je ne compte pas les enquêtes que j’ai abandonnées, faute de preuves par des documents.

Quel constat de l’évolution du métier ces dernières années ?

Parmi les nombreuses mutations de la presse ces dernières années, je citerais en premier lieu une certaine forme de productivisme. La critique des médias audiovisuels et de la presse écrite, qui est bien sûr nécessaire, oublie souvent ce problème : le manque de temps. Quand un journaliste de presse quotidienne doit publier trois à huit papiers par jour, comment peut-il trouver le temps de vérifier la base des communiqués qu’il reçoit ? Certes, un journaliste en quotidien peut aller très vite et plus son expérience et ses réseaux grandissent, plus rapidement il peut recouper ses informations. Mais dans un tel flot, il y a toujours un risque qu’il commette des erreurs. 

Même l’AFP, réputée pour son travail de recoupement, s’est prise les pieds dans le tapis des révélations de l’étude du Lancet concernant l’hydroxychloroquine en oubliant de mentionner les réserves émises par les auteurs de l’article de recherche. L’agence de presse a conclu à une fin de partie pour le remède et toute la presse a embrayé en reprenant ce qui est devenu une fausse information. Ce fut à mon sens un véritable naufrage journalistique, et il n’y a pas eu de mea culpa. 

Le Monde a pris acte qu’il fallait calmer ce train fou. Le journal du soir a décidé de diminuer la masse de ses publications. Soit -25 % de papiers en deux ans. Ce qui a permis de revaloriser le travail d’enquête. Une politique couronnée de succès ? En tout cas, le nombre de ses abonnés connaît une croissance remarquable. On ne peut que constater aussi que les journaux qui misent sur l’enquête tracent leur sillon : Mediacités, Médiapart, Reporterre, etc.
Redonner du temps aux journalistes dans leur quotidien me semble être une condition nécessaire pour endiguer la défiance vis-à-vis de la presse et des médias. Suffisante ? Non, bien sûr...

D’où proviennent vos sources ? Comment utilisez-vous les réseaux sociaux ? 

L’autre danger de la course à l’info c’est que les journalistes se cantonnent devant leur écran pour optimiser leur temps de travail et traquer les fils de réseaux sociaux. On sort moins, et on ne va plus assez à la rencontre de nos interlocuteurs. Beaucoup ont oublié ce qu’est une source, c’est-à-dire une personne qui non seulement vous donne des informations délicates, mais vous permet de mieux comprendre un sujet. Pour que cette relation fonctionne, il faut que s’instaure une confiance réciproque. Et la confiance ne peut pas se nouer devant un écran ou par téléphone. C’est aussi parce que le journalisme est un métier éminemment humain que je l’exerce. 

Je voudrais conclure ces quelques mots en m’adressant aux communicants et professionnels de la relation presse. Ils font aussi partie de nos sources, mais celles-ci, nous les voyons surtout au travers de notre messagerie. Je pense que nous devrions quitter nos écrans pour nous rencontrer plus souvent « en vrai », autour d’un café ou lors d’un déjeuner.